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Quobly lève 115 millions d'euros pour commercialiser son ordinateur quantique sur silicium
La startup grenobloise Quobly boucle une série A de 115 millions d'euros et annonce son premier ordinateur quantique accessible en cloud pour fin 2026.
Quobly lève 115 millions d'euros pour commercialiser son ordinateur quantique sur silicium
La startup grenobloise Quobly a annoncé le 3 juin 2026 une série A de 115 millions d'euros. L'opération est menée par Bpifrance via le fonds Deep Tech 2030, SEALSQ et STMicroelectronics. Elle permet à l'entreprise de conserver son indépendance tout en franchissant la frontière entre validation scientifique et industrialisation.
Une levée qui préserve l'indépendance
Le contexte autour de cette opération mérite d'être posé. En janvier 2026, SEALSQ avait signé un mémorandum d'entente prévoyant un investissement pouvant atteindre 200 millions de dollars, accompagné d'une possible prise de contrôle majoritaire. Six mois plus tard, le scénario retenu est différent : SEALSQ entre bien au capital, mais aux côtés de Bpifrance, STMicroelectronics, le Fonds EIC de la Commission européenne, ALIAD (le véhicule d'Air Liquide), Blast et Innovacom. Les actionnaires historiques, dont le CEA, le CNRS, Quantonation, Soitec et Orano, restent présents.
Ce tour de table traduit un choix stratégique assumé. Quobly n'a pas cédé le contrôle, mais a construit autour de sa technologie un écosystème d'acteurs industriels qui couvrent des maillons clés : les semi-conducteurs (STMicroelectronics), la cryogénie (Air Liquide), les matériaux (Soitec) et la sécurité (SEALSQ). C'est une architecture de filière, pas simplement un tour de financement.
L'approche silicium face à ses concurrents
Quobly mise sur des qubits fabriqués sur silicium, en utilisant les procédés industriels déjà maîtrisés par l'industrie des semi-conducteurs. L'avantage revendiqué est de taille : il serait possible de produire des puces quantiques dans des usines existantes, sans investir dans des infrastructures entièrement nouvelles. Cette logique rapproche Quobly d'acteurs comme Quantum Motion (Royaume-Uni), Diraq (Australie) ou Silicon Quantum Computing (Australie).
Au sein de l'écosystème français, les approches divergent. Alice & Bob, qui vient de lever 100 millions d'euros, travaille sur des qubits supraconducteurs. Pasqal, financé à hauteur de 340 millions d'euros, mise sur les atomes neutres. Ces trois entreprises incarnent des paris technologiques distincts sur la même course au calcul quantique à grande échelle, dont le vainqueur reste aujourd'hui impossible à désigner.
Depuis sa création en 2022 par Maud Vinet et son équipe, Quobly avait levé environ 40 millions d'euros en phase d'amorçage. La série A porte le total à plus de 150 millions d'euros. L'entreprise compte aujourd'hui plus de 100 collaborateurs, avec des implantations à Grenoble, Singapour et au Canada.
Ce que ça signifie pour vous
L'objectif annoncé est la commercialisation d'un premier ordinateur quantique accessible en cloud d'ici fin 2026, sous la marque Alloy Pioneer. La cible initiale est le calcul haute performance et la recherche scientifique, avec un déploiement dans les infrastructures HPC prévu pour 2027.
Pour les développeurs et équipes data, cela reste encore un horizon lointain : les cas d'usage du calcul quantique restent aujourd'hui cantonnés à des domaines très spécifiques (optimisation combinatoire, chimie moléculaire, cryptographie). Mais la trajectoire de Quobly illustre un glissement notable dans le secteur : les discussions sur la faisabilité technique laissent la place aux questions de fabrication, de rendement industriel et d'intégration dans des centres de calcul existants. Cette levée s'inscrit dans un mouvement plus large de souveraineté technologique européenne, dont Nscale avait incarné le volet infrastructure IA dès mars 2026 avec 1,7 milliard d'euros levés pour construire des capacités de calcul sur le continent.
Sources : FrenchwWeb · Bpifrance Presse · Mesinfos
